Prestataire de services + AE, récapitulons et simulons face à une société

Je suis éditeur de sites via 2 sociétés actuellement (dont une qui n’a plus lieu d’être et qui fermera sous 1 an) et le doublement des plafonds des revenus de l’auto-entrepreneur (AE) prévu pour 2018 rend ce statut potentiellement attractif. Une simulation s’impose pour vérifier ça.

Je ne vais m’intéresser qu’à mon cas particulier (sinon ce poste sera trop long) : 100% presta de services BIC (après vente de mes e-commerces).

Voici les éléments qui définissent le statut d’AE, option prestataire de services :

  • le plafond de CA autorisé : 66400 € à partir de 2018 (33200 € en 2017). Si besoin de le rappeler, pour un AE, CA HT = CA TTC, car il ne collecte pas la TVA.
  • le montant des cotisations sociales est forfaitaire : 23,1 % du CA.
  • le bénéfice imposable (considéré comme vos revenus) est lui aussi forfaitaire : 50 % (soumis à l’impôt sur le revenu donc).

Le plus garanti :

  • la compta simplifiée (plus besoin d’avoir un expert comptable) : la principale tâche consiste à remplir un tableau Excel (ou livre papier) de toutes ses ventes. Pas besoin de suivre les achats puisque pas d’achat-revente. Il faut toujours éditer des factures sinon hein.

Concernant la TVA, attention, a priori il faudra la collecter à partir de 33100 € de revenus (détails sur BFM), et ça implique plus de travail comptable, voire l’appel à un comptable peut-être. Mais du coup peut-être qu’elle sera récupérable sur les achats. Rien d’officiel encore, wait & see.

Le souci potentiel :

  • vous l’avez vu, les cotisations et bénéfice sont calculés forfaitairement sur votre CA. Dès lors, si vos charges sont conséquentes, votre bénéfice réel peut être inférieur à celui déterminé et du coup, le statut d’AE n’est probablement pas pour vous.

C’est parti pour la simulation AE versus société (ou EI au régime réel, c’est kif-kif) :

(Big) Disclaimer : c’est une version simplifiée que je vous livre ici, pas le choix. En société, y’a moyen « d’arbitrer vos charges » avec la répartition rémunération/dividendes, l’IS, les déplacements (IK), restaurants, l’amortissement de vos investissements (par exemple pour un webmaster : création ou achat d’un site), etc., ben on oublie tout ça ici.
Côté impôts sur le revenu, je ne connais pas votre quotient familial et vos éventuels avantages fiscaux, je vous laisse donc le soin de renseigner votre taux moyen d’imposition « final ».
Donc si vous voulez aller plus loin (être plus précis), il vous faut soit maîtriser la compta/fiscalité et mettre à plat votre situation, soit faire appel à un expert comptable, pas le choix.
Puis cette question « AE ou non ? » dépend aussi de vos aspirations : souhaitez-vous vous caler pépère sous le plafond pendant « longtemps », ou envisagez-vous de le dépasser « rapidement » ? Pouvez-vous maintenir sur la durée un faible niveau de charges ? (me concernant, si à un moment j’ai un gros projet impliquant du dev, du webdesign, des campagnes SEO, Adwords ou FB, je regretterais d’être AE, mais c’est peu probable)

Maintenant message d’espoir, si vous avez une activité similaire à la mienne (avec très peu de charges), et que vous ne dépassez pas le seuil, y’a bien 90%* de chance qu’AE soit le statut le + avantageux (*chiffre avancé par @salemioche, si vous n’êtes pas d’accord, c’est à lui seul que vous devez vous adresser).

Dans les faits, le simulateur ci-dessous révèle que le statut d’AE est le + avantageux si vous avez moins de 20% de charges. Propos à prendre avec des pincettes bien sûr, maintenant que vous avez lu le disclaimer.

Prêt(e) ? OK, renseignez ci-dessous votre CA et charges prévisionnels annuels afin que la magie opère…

CA annuel HT (= TTC en AE) :

Vos charges annuelles HT (et hors cotisations) :

Votre taux moyen d’imposition (final, en %) : (Un exemple pour comprendre le « final » : si vous ne payez pas d’impôts après application de divers avantages, mettez « 0 ».)


Aurais-je fait une grossière erreur ? Pensez-vous que je puisse améliorer cet outil en intégrant de nouveaux éléments ? Réagissez !

Ressources complémentaires :

13 commentaires

  • Clément 6 septembre 2017 Reply

    Bonjour,

    Merci pour cet article et ce calculateur. La question n’est vraiment pas évidente à trancher.

    Quelques questions/remarques :
    – actuellement, un AE peut opter pour le versement libératoire de l’IR. Dans ce cas, il paie 24,8 % de prélèvement social et fiscal, et c’est tout (si j’ai bien compris). Pour être éligible, il faut être en dessous d’un seuil de revenu fiscal de référence. Ça change nettement les choses à mon avis.
    – je ne sais pas trop comment est calculé l’impôt dans votre système, mais ça me semble très élevé comme résultat. Je pense qu’il y a un souci. D’après mes calculs rapides, en déclarant 30000€ de revenus, l’imposition est autour de 3000€ pour une personne seule, et elle se situe dans la tranche à 30%. Dans votre calculateur, avec un résultat brut en société de 33000€, L’impôt serait de 5360€.
    – Autre chose : si on fait l’économie d’un comptable en AE, on enlève entre 1000 et 2000€ HT de frais de comptable, pas négligeable !

    • Bertrand 6 septembre 2017 Reply

      Bonjour Clément.

      – Pour le premier point, c’est une option d’optimisation pour le statut de l’AE oui. Comme les nombreuses disponibles pour une société (j’en ai évoquées une partie dans le disclaimer). Attention ce n’est pas forcément avantageux. Un exemple simple : une personne qui ne paye pas d’impôts via divers placements de défiscalisation n’a logiquement pas d’intérêt à opter pour le versement libératoire.
      – Pour le second (et le premier en fait), je réfléchis à comment être plus précis sur le taux d’imposition plutôt que de partir sur un taux moyen de 25% comme c’est le cas actuellement. Peut-être en ajoutant simplement un champ « renseignez votre taux moyen d’imposition ».
      – Pour le dernier point, oui, j’en parle dans la section « Le plus garanti ». Mais je vais ajouter ce paramètre dans le simulateur aussi, en ajoutant une charge de 1500 € si société. Merci !

      Bon sinon note que c’est juste un p’tit outil dont le but est d’avoir un bon aperçu, pour du sur mesure, faut nécessairement faire appel à un expert comptable (ou être très calé sur le sujet).

      • Clément 6 septembre 2017 Reply

        C’est sûr que c’est pas évident du tout à ajuster ce calcul, d’autant plus qu’en société il y a vraiment beaucoup de paramètres qui peuvent rentrer en compte, et encore plus quand on regarde l’imposition personnelle (situation familiale…). Je suis moi-même en société (EURL) actuellement et j’essaye de faire une comparaison précise avec l’AE maintenant que les seuils vont augmenter. En tous cas merci pour ce petit calculateur 🙂

  • Sylvain 6 septembre 2017 Reply

    Pour les charges (si ponctuelles, comme un nouvel ordi), il « suffit » de cumuler et AE + portage salarial. Tu passes le CA sur le portage quand tu as des frais à venir (chez Webportage par exemple il faut prévoir « Montant du Frais + 420 HT » pour déclencher un salaire).

    • Bertrand 6 septembre 2017 Reply

      Le truc c’est que ce n’est pas forcément autorisé (légal je veux dire) de cumuler AE + portage salarial lorsqu’il s’agit de la même activité et/ou des mêmes clients.

      Je ne sais pas et je ne me suis pas encore renseigné à ce sujet. Tentative en cours ici : https://twitter.com/vbammou/status/905427566357557249

  • Benoit 6 septembre 2017 Reply

    Hello Bertrand,

    C’est pas mal finalement d’avoir plus de 140 caractères. De mon côté, j’ai aussi « envisagé » la chose et à titre perso ma conclusion est assez simple 🙂 Il n’y a qu’un argument en faveur du régime auto-entreprise : l’allégement de la paperasse. Et c’était pour cela que je l’envisageais. Faire ma compta me rend fou une fois par mois. Bref, pas mon truc.
    Pour tout le reste : optimisation, gain, revenu net marge. Pour moi c’est bullshit. En dépit des 23%, ce sera toujours perdant de mon point de vue par rapport aux opportunités d’IK, frais, cadeaux clients et tout ce que tu veux. Via la récup de la TVA d’une part, et la déduction au résultat d’autre part.

    De toute façon, je suis – et c’est tant mieux – encore largement au dessus du seuil mais je mets en garde ceux qui seraient dans une optique d’éventuellement réduire un chouia leur CA pour « rentrer » dans ce statut. Le « gain » est assez illusoire. Hormis encore une fois sur la paperasse 🙂 qui est un vrai argument encore une fois.

    Me concernant, c’est la SARL qui me saoule, car obligé de faire des trucs inutiles genre « assemblée générale ». Je vais donc surement me tourner vers l’EIRL. Je ne connaissais pas et ça à l’air plutôt pas mal.

    Dernière chose : pas possible – en général – de donner des cours et facturer des écoles en AE.

    • Bertrand 6 septembre 2017 Reply

      Re,

      Ben ici la première idée est que l’AE est + avantageux. A 5 ou 6000 € près par an genre (dans ce qu’il reste au bout), c’est pas rien. Mais j’ai particulièrement peu de charges aussi (avec notamment 0 clients à chouchouter/rencontrer).

      Maintenant seule une étude approfondie de mon expert comptable pourrait confirmer tel écart, et il va d’abord me falloir préparer le terrain auprès de lui à ce sujet (je vais bientôt le revoir, ma fin d’exercice est dans 25 jours, d’ailleurs je vais attendre d’avoir mon bilan pour lui demander cette simulation).

      Sinon EIRL j’avais vu, j’y avais songé aussi et je ne sais plus pourquoi je n’avais pas retenu (sur les conseils de mon comptable).

      • Benoit 6 septembre 2017 Reply

        Effectivement, si tu ne factures aucun « client », y’a débat. Sinon, un peu d’IK, un repas au resto par semaine et quelques achats IT + frais activité (hosting et cie) et les 5000 sont là. Easy. (et hors HT) 😁

        Reste c’est détente administrative. Dont je rêve, j’avoue !

        • Bertrand 6 septembre 2017

          Atta, je ne t’ai pas du tout dit que je n’avais pas de clients, mais que je ne les vois jamais (ex : Adsense, Awin) et qu’il n’y a aucune pertinence à leur offrir des cadeaux.

          Un resto par semaine avec qui dans ce cas ? Impossible, car il faut un caractère professionnel à ce repas. Quelques IK oui, ça c’est jouable, en allant rencontrer des confrères à perpète, mais rien d’obligatoire pour mon entreprise.
          N’oublie pas les 1500 € HT que représente un comptable aussi, encore une charge conséquente évitable.
          IT c’est un PC tous les 3 à 4 ans genre, un smartphone tous les 18 mois, et basta. Je ne vais pas non plus m’obliger à changer de smartphone tous les 3 mois pour doper mes charges.

          Bref, si j’ai besoin de me forcer pour augmenter mes charges et rendre l’option société attractive, ça n’a aucun sens. Et c’est bien le cas là.

          Sinon les 5000 € (fourchette basse) c’est à la fin dans la poche hein, et ça ne correspond pas à 5000 € d’écart de charges, nan faut plutôt 8000 € de charges supplémentaires pour arriver à tel écart.

    • Clément 7 septembre 2017 Reply

      Juste un petit retour sur le premier message de Benoît : J’ai plusieurs collègues en AE qui donnent des cours dans plusieurs écoles d’enseignement supérieur (métiers du web). Ils sont même plutôt privilégiés par rapport aux formateurs en société « classiques » car ils sont en franchise de TVA. Et les écoles sont un des rares secteurs à pouvoir être en franchise de TVA (la plupart le sont), afin d’alléger leur coût pour les étudiants. Ce qui fait qu’elles ne récupèrent donc pas la TVA et donc qu’elles paient le TTC. Donc il y a une marge de 20% entre ce qu’elles payent réellement et ce qu’un presta en société gagne, alors que cette marge n’existe pas avec un AE. Au final, mes collègues AE sont donc payés 20% de plus que moi par nos clients écoles 🙂

      • Benoit 7 septembre 2017 Reply

        Yeap, je dirais que ces écoles sont mal conseillées 🙂
        La requalification sur de l’enseignement leur pend au nez !

  • Christophe 23 septembre 2017 Reply

    Salut
    Je participe à la discussion car j’ai franchi le pas il y a 2 ans, d’AE à SASU.
    L’activité est identique aux vôtres (du moins on parle de web et seo)
    Chaque année en AE je flirtais avec le plafond… avec la tentation de dépasser « au black ».
    Mais j’étais comme @benoit, ravi de n’avoir aucune paperasse à part la déclaration trimestrielle Urssaf.
    Mais (et c’est tant mieux) le CA s’est annoncé plus gros. Des marchés publics potentiels apparaissaient, et le besoin perso (peut être lié à l’âge) se fit sentir. Hop, passage en SASU il y a 2 ans.
    Pourquoi SASU ? Pour avoir le titre de président bigre !
    Plus sérieusement, SASU = moins lourd que SARL (quoique) et surtout plus de RSI !!!!!
    De plus, comme mon activité augmente, je devais embaucher… donc là encore le statut d’AE rend les choses quasi impossible (les fameux plafonds).
    Bref,à ce jour, je suis ravi d’être en SASU.
    Le CA annuel ne me permettrait de toute façon pas de respecter les plafonds (même les nouveaux).
    Mais le fait de passer en société m’a surtout permis une meilleure crédibilité auprès de nombreuses entreprises. Le fait de fournir des factures avec TVA permet aussi de déclencher des contrats.
    Et oui, d’accord avec @benoit, je passe des IK, des resto, de l’achat de tel, PC, abonnement portable, billets d’avion etc… Le but étant de conserver un salaire peu élevé et de compenser un peu.
    Car la très grosse différence entre AE et société, ce sont les charges sur salaire.
    Quand tu dois provisionner 3500 € tous les mois pour payer un salaire, dont 7000 € à deux…tu vois vite le CA HT à faire !

    @benoit, c’est quoi les frais de hosting que tu sors ?
    @bertrand, je comprends que la question soit importante car c’est un vrai saut mais le statut d’AE à la base, c’était pour permettre de tester un modèle de biz.

    A plus
    Le président

  • Mariette 9 novembre 2017 Reply

    Merci pour cet article très intéressant, et qui répond à certaines de mes questions.

    Je suis pour ma part AE avec peu de charges, toujours à la limite des plafonds. C’est un choix motivé à la fois par mon faible goût pour la paperasse et ma volonté de m’occuper de mes enfants (2 et 4 ans), les confier à une nounou ou autre me faisant perdre à la fois le plaisir de les voir et le bénéfice du travail supplémentaire. En outre, en cas de mauvaise surprise, si je devais suspendre mon activité quelques mois, je sais que tout est payé – je sais, les vrais entrepreneurs s’organisent, tout ça, mais je n’ai pour l’instant pas envie d’avoir ce soucis. Je suis donc, en quelque sorte, profession libérale à temps partiel.

    Comme je travaille essentiellement pour des entreprises étrangères, la TVA ne devrait pas être un problème, pas plus que le statut d’AE. À mes yeux, cette évolution du statut me permettra surtout d’avoir la liberté de mettre un coup de collier quand l’occasion se présente, d’accepter le gros projet proposé par un client sans décaler les factures de fin d’année « au cas où ».

    Ce sera donc l’occasion de monter en puissance, pour éventuellement un jour changer de statut, mais à mon rythme.

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